Actualité · 4 août 2026

Déchets en France : 11 milliards d’euros par an pour 25,7 % de recyclage

La Belgique recycle 59,5 % de ses emballages plastique. L’Allemagne, 52,2 %. La Lettonie, 59,2 %. La France ? 25,7 %. Soit le 24e rang sur 27 pays de l’Union européenne.

Ce n’est pas un accident. C’est le résultat d’un système structurel qui privilégie l’incinération sur la valorisation matière et la valorisation chimique. Et ce système a un coût — un coût que le citoyen français paie sans le savoir, trois fois.

Le citoyen français paie trois fois pour ses déchets

Premier paiement : la TEOM — 7,9 milliards d’euros par an

La taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM) représente 7,9 milliards d’euros par an (ADEME, 2022). Payée par tous les propriétaires et locataires, elle finance la collecte et le traitement des déchets ménagers. Mais elle ne finance pas majoritairement le recyclage — elle finance l’incinération, exutoire dominant en France.

Deuxième paiement : les éco-contributions REP — de 1,3 à 7 milliards d’euros

La responsabilité élargie du producteur (REP) impose aux fabricants une éco-contribution refacturée dans le prix des produits. Citeo, l’éco-organisme qui gère cette filière, a collecté 1,3 milliard d’euros en 2024. Les projections annoncent 2 milliards en 2026, jusqu’à 7 milliards en 2029.

Le problème ? Citeo est contrôlé par les producteurs eux-mêmes. Le Sénat, dans son rapport Cidrac-Fernique (n°786, juin 2025), le dit explicitement : les éco-organismes contrôlés par les producteurs créent un conflit d’intérêts évident. L’Assemblée nationale va plus loin : dans son rapport Bouquin-Fournier-Violland (janvier 2026), elle demande une commission d’enquête.

Le consommateur paie donc une seconde fois, sans le savoir, via le prix des produits qu’il achète — et l’argent est géré par les acteurs même qu’il est censé réguler.

Troisième paiement : la contribution UE plastique — 1,5 milliard d’euros

La France est le premier contributeur européen à la contribution plastique de l’UE : 1,5 milliard d’euros. Cette somme est prélevée sur le budget général de l’État, sans taxe nationale dédiée, sans signal prix visible pour le citoyen.

Total : 11 milliards d’euros par an. Pour 25,7 % de recyclage plastique.

Pourquoi l’incinération verrouille le système

Le verrouillage n’est pas réglementaire. Il est industriel. La France a investi massivement dans des incinérateurs conçus pour 40 à 50 ans de fonctionnement. Leur modèle économique repose sur un flux continu et garanti de déchets à brûler. Réduire les déchets à la source ? Recycler davantage ? Valoriser chimiquement ? Ce serait menacer la rentabilité de ces infrastructures.

La fiscalité accentue ce verrouillage. La TGAP 2025 taxe l’enfouissement à 65 € la tonne. Mais un incinérateur « à fort rendement » ne paie que 15 € la tonne. Les chaufferies CSR (combustibles solides de récupération) paient 0 €. Le signal-prix pousse structurellement vers l’incinération, pas vers la valorisation matière ou chimique.

Résultat : les déchets qui devraient être recyclés ou transformés en carburants de synthèse sont brûlés. Le CO₂ fossile des emballages plastique part en fumée — littéralement.

Le facteur d’émission moyen d’une unité de valorisation énergétique (UVE) en France, selon l’ADEME (UIOM C14), est de 0,382 tCO₂ fossile par tonne incinérée. C’est du carbone fossile relâché dans l’atmosphère, pour lequel personne ne paie aujourd’hui — mais qui le sera bientôt.

L’EU ETS va tarifé le carbone de l’incinération

Le 17 juillet 2026, la Commission européenne a proposé d’inclure les unités de valorisation énergétique (UVE) dans l’EU ETS, le système communautaire d’échange de quotas d’émission. Phase-in 2031-2034, 100 % en 2034. Pour la première fois, le CO₂ fossile de l’incinération des déchets ménagers sera tarifé.

Avec un prix du quota ETS projeté à 145 €/t en 2030 (Citi) et potentiellement 200 €/t en 2035, les surcoûts pour les collectivités seront substantiels. À titre d’illustration, une métropole traitant 360 000 tonnes par an ferait face à un surcoût de l’ordre de 28 millions d’euros annuels à 200 €/t — s’ajoutant aux coûts de traitement existants, sans s’y substituer.

Le débat est vif. FNADE, FEDENE, SVDU et AMORCE dénoncent une proposition « injuste » : les UVE ne contrôlent pas la composition des déchets entrants. Taxer le dernier maillon pour des émissions issues des emballages plastiques fossiles revient, selon Gilles Vincent (AMORCE), à « taxer les hôpitaux plutôt que les cigarettes pour lutter contre le cancer ».

L’argument est légitime. Mais il ne résout pas le problème : le carbone fossile de l’incinération existe, il est mesuré, et il va coûter cher. La question pour les collectivités n’est plus de savoir si il faut diversifier les exutoires de traitement, mais quand.

Le cadre réglementaire pour le waste-to-liquid existe déjà

Contrairement aux idées reçues, le cadre réglementaire pour valoriser les déchets en carburants de synthèse existe. Il est même mature :

  • RED III (Renewable Energy Directive) reconnaît les carburants issus de déchets comme renouvelables.
  • ReFuelEU encadre leur usage dans l’aviation.
  • RCF 2023/1185 (Renewable Carbon Fuels) définit les critères de durabilité et les règles de comptabilisation.
  • La certification ISCC EU (n°13999 pour Romano Energy) garantit la traçabilité de la matière première jusqu’au carburant final.
  • La norme EN 15940 définit les spécifications des carburants paraffiniques de synthèse, compatibles avec les moteurs diesel existants.
  • La base carbone ADEME référence les facteurs d’émission permettant une comptabilité carbone rigoureuse, en tCO₂eq sur cycle de vie complet.

Le verrou n’est pas réglementaire. Il est structurel : tant que l’incinération reste l’exutoire par défaut — financé par la TEOM et protégé par la TGAP —, les carburants de synthèse issus de déchets resteront marginaux.

Waste-to-liquid : transformer les déchets en carburant de synthèse

Le waste-to-liquid (WtL) est une voie de valorisation chimique qui transforme les déchets non recyclables en carburants liquides drop-in, compatibles avec les moteurs existants. Contrairement à l’incinération — qui valorise uniquement l’énergie thermique et relâche le CO₂ fossile —, le WtL capture le carbone des déchets dans un carburant qui se substitue au diesel fossile.

La logique est simple : un déchet plastique brûlé dans un incinérateur émet du CO₂ fossile sans contrepartie. Ce même déchet, transformé en carburant de synthèse, se substitue à un litre de diesel pétrolier qui n’aura pas besoin d’être extrait, transporté et raffiné.

C’est exactement le combat de Zero Waste, filiale de Romano Energy. Zero Waste transforme les déchets en énergie souveraine — pas en chaleur perdue dans un incinérateur, mais en carburants drop-in, certifiés ISCC n°13999, mesurés en tCO₂eq sur cycle de vie.

R-XTL : un carburant sans pétrole, 100 % déchets, 100 % Europe

Le R-XTL — Renewable, Recycled, Romano — est un carburant de synthèse produit à partir de déchets et résidus traçables, collectés localement, transformés industriellement. Trois caractéristiques le distinguent du diesel fossile et des biocarburants conventionnels :

  1. Sans pétrole : la matière première est 100 % déchets et résidus. Aucune huile végétale, aucune culture énergétique, aucun pétrole brut.
  2. 100 % Europe : la chaîne d’approvisionnement est européenne, courte et traçable. Pas de dépendance à un baril extrait à 4 000 km.
  3. Certifié et mesurable : certification ISCC EU (n°13999), facteur d’émission en tCO₂eq sur cycle de vie complet, conformité à la norme EN 15940 pour les carburants XTL.

Le R-XTL ne dépend pas des marchés pétroliers volatils. Il dépend de flux de déchets collectés localement — un gisement que la France, avec ses 25,7 % de recyclage plastique, a en abondance et qu’elle brûle actuellement.

Pour les professionnels du transport et du BTP, le R-XTL permet de décarboner sans changer de parc : compatibilité totale avec les moteurs diesel existants, sans infrastructure nouvelle. C’est la même logique que pour le HVO, mais avec une matière première qui n’entre pas en compétition avec les usages alimentaires.

Le prix n’est pas le bon critère

Comparer le prix au litre d’un carburant de synthèse à celui du diesel fossile, c’est comparer deux choses qui n’ont pas la même nature. Le diesel fossile porte un coût externe — ses émissions de CO₂ — que personne ne paie aujourd’hui mais que l’EU ETS, le CBAM et les futurs mécanismes de tarification carbone vont progressivement internaliser.

Le R-XTL, lui, affiche son bilan carbone. Certifié. Mesuré. Vérifiable. Ce n’est pas une promesse marketing — c’est un fait industriel documenté.

Quand on dit « le R-XTL coûte plus cher que le diesel », on oublie que le diesel fossile ne paie pas son coût carbone. Quand le R-XTL s’est trouvé ponctuellement au même niveau que le diesel fossile à la pompe — comme ce fut le cas à la station de Grasse —, ce n’était pas l’argument. L’argument, c’est la robustesse : un approvisionnement basé sur des déchets locaux, pas sur un baril soumis aux chocs géopolitiques.

Le vrai critère de décision, c’est le coût total de possession environnemental — le TCOe — qui intègre les économies carbone, la résilience de l’approvisionnement et l’exposition aux futurs prix du carbone. C’est ce que nous détaillons dans notre étude gratuite sur les carburants XTL.

La facture arrivera de toute façon

La France paie 11 milliards d’euros par an pour un système qui recycle 25,7 % de ses emballages plastique. L’inclusion des UVE dans l’EU ETS, proposée par la Commission européenne en juillet 2026, va ajouter une nouvelle ligne de coût : le carbone fossile de l’incinération sera tarifé. Les collectivités qui dépendent exclusivement de l’incinération paieront.

L’alternative existe. Elle est réglementairement reconnue, certifiée et industriellement mature. Transformer les déchets en carburants de synthèse plutôt que de les brûler n’est plus une utopie — c’est une chaîne d’approvisionnement opérationnelle, mesurée en tCO₂eq, certifiée ISCC EU.

Le débat n’est plus technologique. Il est structurel. Et il est temps de le regarder en face.

Zéro pétrole. 100 % déchets. 100 % Europe.


Sources : Sénat français (rapport Cidrac-Fernique n°786, juin 2025) ; Assemblée nationale (rapport Bouquin-Fournier-Violland, janvier 2026) ; ADEME (TEOM 2022, UIOM C14) ; Eurostat (recyclage emballages plastique UE 2023) ; Commission européenne (contribution plastique UE, proposition ETS/UVE 17/07/2026) ; Cour des comptes européenne (rapport SR-2024-16, septembre 2024) ; FNADE, FEDENE, SVDU, AMORCE (22/07/2026) ; Citi (projection prix quota ETS 2030).

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